Bangui, 04 juin 2026 (RJDH) — Giles Ionel Gouandjika a comparu ce jeudi devant le Tribunal de grande instance de Bangui pour diffamation et injures publiques proférées à l’encontre des femmes centrafricaines. Poursuivi en justice par des organisations de défense des droits des femmes, le prévenu s’est vu opposer des réquisitions du parquet s’élevant à un an de prison avec sursis, assorti d’une amende de quatre mille (400 000) FCFA.
À l’entame du procès, le conseil du prévenu a soulevé une exception d’irrecevabilité de la plainte. S’appuyant sur l’article 2 du Code de procédure pénale, la défense a estimé que les associations de femmes n’avaient pas la qualité requise pour agir en justice.
Cette exception a toutefois été balayée du revers de la main par la partie civile et le parquet, avant que le tribunal ne déclare la plainte recevable, ouvrant ainsi la voie aux débats de fond.
Répondant aux questions du tribunal, le prévenu a reconnu avoir publié la vidéo et proféré des injures. Il a cependant argué que cette séquence ne s’adressait pas à toutes les femmes, mais uniquement à un groupe de femmes qui s’en prenait à sa famille ainsi qu’au régime en place.
« C’est depuis 2008 que je publie sur les réseaux sociaux et c’est la première fois que je suis poursuivi pour la publication d’une vidéo », a laissé entendre le prévenu, avant d’ajouter : « Je suis responsable de mes actes […] ».
Dans sa plaidoirie, le conseil de la partie civile — représenté notamment par Maîtres Édithe Douzima et Albert Panda — a estimé que les faits constitutifs de diffamation et d’injures publiques étaient avérés et établis, évoquant la réunion de tous les éléments requis : légal, matériel et intentionnel.
Les avocats de la partie civile ont demandé à ce que le prévenu soit jugé conformément aux dispositions des articles 133, 134 et 145 du Code pénal centrafricain, réclamant également un franc (1 FCFA) symbolique de dommages et intérêts. Ils ont en outre sollicité qu’une fois le jugement rendu, la décision du tribunal soit publiée dans au moins cinq médias de la place ainsi que sur la page Facebook de l’accusé, le tout à ses frais. Un « jugement d’éducation » qui, selon eux, devrait servir d’exemple.
Cette trajectoire a été suivie par le parquet. Ce dernier a requis un an d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’une amende à verser au Trésor public, estimant que les propos tenus par Giles Ionel Gouandjika envers les femmes centrafricaines violaient le caractère sacré de l’être humain, pourtant protégé par la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Constitution centrafricaine.
De son côté, le conseil de l’accusé a plaidé non coupable, tout en réitérant que la vidéo de son client ne visait pas l’ensemble des femmes centrafricaines. Présentant leurs excuses à toutes les femmes du pays, les avocats de la défense ont invoqué les dispositions de l’article 58 du Code pénal centrafricain pour appeler le tribunal à faire preuve de sagesse dans son verdict.
Le prévenu a conclu l’audience sur ces mots :
« […] Tout ce que vous dites peut se retourner contre vous… Aux femmes centrafricaines, je demande pardon si ce que j’ai dit les a blessées ».
C’est sur cette déclaration que le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu pour le 11 juin prochain.
Miguel Elvis Voyemakoa
