BANGUI, le 20 juillet 2026 (RJDH)—À mi-parcours de l’année 2026, la communauté humanitaire en République centrafricaine n’a mobilisé qu’environ 22 % des 264 millions de dollars américains nécessaires à la mise en œuvre du Plan de réponse humanitaire. Ce niveau de financement reste largement insuffisant alors que le pays fait face à une aggravation des besoins, notamment à la suite des récentes violences dans les préfectures de la Vakaga et du Haut-Mbomou. Dans un entretien exclusif accordé au RJDH, quelques semaines après l’attaque de la ville d’Am-Dafock, Maxime Nama Cirhibuka, Chargé de communication au Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), revient sur les premières réponses apportées, les difficultés d’accès et le déficit de financement.
RJDH : Monsieur Maxime Nama Cirhibuka, Chargé de communication au Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), bonjour !
MNC: Bonjour madame la Journaliste.
RJDH : La ville d’Am-Dafock, dans la préfecture de la Vakaga, a été attaquée par des hommes armés à la fin du mois de juin. Après la reprise de la localité par les Forces armées centrafricaines, la situation humanitaire demeure préoccupante. Quelles sont les premières réponses apportées aux populations affectées ?
MNC : Les acteurs humanitaires ont procédé, dès le 2 juillet 2026, à une évaluation de la situation avec l’appui logistique de la MINUSCA. Cette mission a permis d’identifier plusieurs besoins prioritaires, notamment dans les domaines de la protection, de la santé et de l’accès à l’eau potable.
La protection constitue la première préoccupation, car la population ne peut toujours pas circuler librement ni regagner ses habitations en toute sécurité. Les déplacés sont installés à proximité de la base de la MINUSCA, ce qui constitue un facteur protecteur, mais ils ont peur de se rendre au champ ou de se déplacer librement par crainte d’insécurité.
Le secteur de la santé est également fortement touché. Le centre de santé de la ville a été pillé le jour de l’attaque, privant les habitants de services essentiels. Enfin, l’accès à l’eau potable demeure critique : l’unique point d’eau situé près de la base de la MINUSCA ne peut répondre aux besoins des dizaines de milliers de personnes présentes dans la zone.
RJDH : L’accès humanitaire demeure un défi majeur en raison de l’insécurité. Quelle stratégie mettez-vous en œuvre pour poursuivre l’assistance aux populations ?
MNC: La situation sécuritaire s’est quelque peu améliorée, mais elle reste extrêmement volatile. Malgré cela, les acteurs humanitaires poursuivent leurs interventions. Avec l’appui logistique de la MINUSCA, les acteurs humanitaires ont acheminé vers Am-Dafock des abris d’urgence, des articles ménagers essentiels, des médicaments destinés notamment à la Croix-Rouge centrafricaine, ainsi que des équipements de protection individuelle. Par ailleurs, des cliniques mobiles sont déployées quotidiennement afin d’assurer des consultations médicales aux personnes déplacées et aux populations les plus vulnérables. Toutefois, notre principale difficulté reste l’accès physique à la zone. Nous sommes en pleine saison des pluies et les routes sont pratiquement impraticables. Le transport aérien constitue aujourd’hui l’unique moyen d’acheminer l’aide.
Les acteurs humanitaires disposent actuellement d’un important volume de cargaisons à Birao. Or, les aéronefs disponibles ne peuvent transporter qu’environ deux tonnes par rotation, alors que les besoins dépassent largement une dizaine de tonnes. Cette contrainte logistique entraîne inévitablement des retards dans la distribution de l’aide d’urgence.
Nous poursuivons les discussions avec nos partenaires afin d’identifier des solutions permettant d’améliorer cet accès.
Avant les événements de fin juin, plusieurs projets humanitaires étaient déjà en cours dans la Vakaga, y compris à Am-Dafock. Le Fonds humanitaire pour la République centrafricaine avait déjà alloué 3,5 millions de dollars américains au début de l’année pour financer des interventions dans les secteurs de la santé, de la sécurité alimentaire, de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement.
Malheureusement, la dégradation de la situation sécuritaire a fortement perturbé leur mise en œuvre. Les ressources existent, mais l’insécurité et les difficultés d’accès retardent l’exécution de ces projets. Nous étudions actuellement la possibilité de réaménager certaines interventions afin de répondre plus efficacement aux besoins les plus urgents.
RJDH : Quel est aujourd’hui le niveau de financement du Plan de réponse humanitaire 2026 ?
MNC : Cette année, malgré des besoins humanitaires concernant environ 2,3 millions de personnes, nous avons dû prioriser notre assistance en raison de la baisse des financements.
Le Plan de réponse humanitaire prévoit de venir en aide à 1,3 million de personnes, ce qui nécessite un financement de 264 millions de dollars américains. Nous remercions sincèrement nos bailleurs de fonds pour leur soutien. Malgré un contexte international difficile, au 30 juin 2026, nous avons pu mobiliser environ 22 % des 264 millions de dollars recherchés pour financer la réponse humanitaire cette année. Nous sommes désormais dans la seconde moitié de l’année et nous poursuivons activement notre plaidoyer auprès de nos partenaires afin de mobiliser davantage de ressources. Grâce à leur appui, le Fonds humanitaire pour la RCA a notamment pu financer des projets à hauteur de 3,5 millions de dollars dans la Vakaga, même si leur mise en œuvre est aujourd’hui ralentie par les contraintes sécuritaires.
RJDH : Quel appel souhaitez-vous adresser aux partenaires techniques et financiers ?
MNC : Nous remercions une nouvelle fois tous nos bailleurs de fonds pour leur engagement aux côtés des populations centrafricaines. Nous lançons un appel à l’ensemble des partenaires internationaux afin qu’ils ne détournent pas leur attention de la République centrafricaine, où les besoins humanitaires demeurent immenses. Nous appelons également toutes les parties concernées à garantir un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave. Les acteurs humanitaires interviennent dans un seul objectif : sauver des vies et porter assistance aux populations les plus vulnérables, conformément au principe d’humanité.
RJDH : Monsieur Maxime Nama Cirhibuka, Chargé de communication au Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en République centrafricaine, merci d’avoir répondu à nos questions.
MNC : Merci à vous !
Propos recueillis par Josiane Mirvola, Journaliste-reporter
