Bangui, le 23 avril 2026 (RJDH) — Le niveau de l’eau du fleuve Oubangui a fortement baissé ces dernières semaines, laissant apparaître de larges bandes de sable sur ses berges. Cette situation, caractéristique de la saison sèche, transforme profondément les conditions de vie des populations riveraines qui dépendent directement du fleuve.
Le débit du fleuve, déjà affecté par les variations saisonnières et les effets des changements climatiques, entraîne une diminution progressive des ressources halieutiques. À Bangui, cette baisse est déjà perceptible sur les marchés, où le poisson se fait de plus en plus rare.
Pour les pêcheurs, la situation est ambivalente. Si certains y voient un avantage temporaire, les difficultés restent majeures. « Quand l’eau baisse, c’est bon pour nous. On peut facilement accéder au sable et faire plusieurs voyages par jour », explique un pêcheur interrogé sur les berges du fleuve.
Mais la réalité est plus complexe. Vicosse, pêcheur depuis plus de cinquante ans, constate une nette dégradation de son activité. « Avant, on pouvait attraper beaucoup de poissons en une seule sortie. Aujourd’hui, on peut passer toute la journée sans rien prendre. Le fleuve est bas, les poissons sont rares », témoigne-t-il.
La diminution du niveau de l’eau réduit également les zones de pêche, entraînant une chute des captures et des revenus. Cette raréfaction du poisson commence à se faire sentir sur les marchés de la capitale.
Les activités de transport fluvial et de loisirs sont elles aussi fortement touchées. Selon Fabrice, président des pêcheurs d’une zone du fleuve, la navigation devient de plus en plus difficile. « Il y a des endroits où la pirogue reste bloquée à cause du sable. On travaille moins qu’avant et les clients se font rares », déplore-t-il.
Cependant, cette décrue n’est pas uniquement synonyme de difficultés. Elle crée aussi des opportunités économiques inattendues. Sur les bancs de sable désormais accessibles, des travailleurs s’activent à l’extraction de sable, une activité essentielle pour le secteur du bâtiment à Bangui.
Mais ce travail reste risqué, souligne Richard Guerevico, président d’une association locale. Entre instabilité des berges et conditions difficiles, les extracteurs de sable s’exposent à de nombreux dangers tout en cherchant à subvenir aux besoins de leurs familles.
Ainsi, la baisse du niveau du fleuve Oubangui révèle une réalité contrastée : pêcheurs et transporteurs en difficulté d’un côté, extracteurs de sable en activité accrue de l’autre. Tous partagent néanmoins une même dépendance à ce cours d’eau vital, dont les variations rythment la vie quotidienne à Bangui.
Léa Theresia Manivela
