Bangui, 29 mars 2026 (RJDH) — La commémoration de la disparition de Barthélemy Boganda, figure fondatrice de la République centrafricaine, continuerait de susciter une réflexion approfondie sur le sens à donner à cette journée. Au-delà du souvenir de sa mort tragique, le débat porterait désormais sur la nécessité d’articuler devoir de mémoire et valorisation de son héritage politique et idéologique.
Pour de nombreux observateurs, l’opposition entre commémoration et réflexion apparaîtrait dépassée. Ces deux dimensions devraient, au contraire, être envisagées de manière complémentaire. Le déplacement à Bobangui, village natal de Boganda, conserverait ainsi une forte portée symbolique, en rappelant aux citoyens les fondements historiques et identitaires de la nation.
Ancien prêtre devenu homme d’État, Barthélemy Boganda aurait œuvré à donner une cohésion politique et sociale à l’ancien territoire de l’Oubangui-Chari, contribuant à sa transformation en un État souverain. Sa vision aurait largement excédé le cadre national, s’inscrivant dans une dynamique panafricaine aux côtés de figures telles que Gamal Abdel Nasser, Félix Houphouët-Boigny, Léopold Sédar Senghor, Modibo Keïta ou encore Sékou Touré.
Au cœur de son projet politique figurait l’idée d’une fédération des États d’Afrique centrale, portée par la maxime « malheur à l’homme seul ». Une ambition qui, confrontée aux réalités politiques de l’époque et aux logiques nationales émergentes, n’aurait pas abouti à la veille des indépendances. C’est dans ce contexte que l’Oubangui-Chari aurait été rebaptisé République centrafricaine.
Sur le plan socio-économique, la pensée bogandienne s’articulerait autour de cinq priorités majeures : nourrir, vêtir, soigner, instruire et loger. Ce socle programmatique demeurerait, encore aujourd’hui, une référence pour les politiques publiques, bien que sa mise en œuvre ait connu des résultats inégaux selon les régimes.
De David Dacko à Faustin-Archange Touadéra, en passant par Jean-Bedel Bokassa, André Kolingba, Ange-Félix Patassé, François Bozizé, Michel Djotodia et Catherine Samba-Panza, les différents dirigeants auraient, à des degrés divers, revendiqué cet héritage, avec des résultats souvent conditionnés par un contexte d’instabilité politique récurrente.
Selon Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et président du MLPC, l’enjeu central résiderait dans l’appropriation collective de cette vision. Il mettrait en avant le rôle stratégique de l’agriculture comme levier de développement, estimant que la sécurité alimentaire pourrait constituer une première étape vers la concrétisation du principe « nourrir ».
Dans un pays disposant d’importantes terres arables et d’une faible densité démographique, ce potentiel resterait largement sous-exploité. D’où la nécessité, selon plusieurs analystes, de promouvoir un consensus national et d’inscrire les politiques publiques dans une perspective de long terme.
Ainsi, la commémoration du 29 mars dépasserait le simple cadre du souvenir. Elle constituerait également une invitation à poursuivre, collectivement, l’œuvre engagée par Barthélemy Boganda.
Vivien de Capistran Nvalé
413
